26 octobre 2026

POLLUTION PLASTIQUE A KINSHASA : QUELLE EST LA RESPONSABILITE ENTREPRENEURIALE

Actualité

Par Déborah Kabuya

À Kinshasa, le plastique que l’on retrouve dans les caniveaux, les rivières et les rues n’est pas apparu par magie. Avant de devenir un déchet, il a été fabriqué, emballé, vendu, importé et mis sur le marché. Dès lors, pourquoi la responsabilité s’arrête-t-elle au moment où le produit franchit la frontière ou quitte la boutique ?

En 2024, la RDC a importé environ 14 708 tonnes d’articles plastiques destinés notamment au conditionnement, pour une valeur de 22,6 millions de dollars. Elle a également déclaré l’importation de 35 268 tonnes de PET sous forme primaire, dont environ 29 051 tonnes provenaient de Chine.

Ces chiffres montrent qu’une quantité considérable de matières plastiques entre dans l’économie congolaise par le commerce international. La pollution plastique ne commence donc pas uniquement au moment où le consommateur jette son emballage. Elle s’inscrit dans une chaîne économique qui commence bien avant cet instant.

En effet, les fabricants produisent, les importateurs introduisent les marchandises sur le marché congolais, les distributeurs les acheminent vers les points de vente et les revendeurs les proposent aux consommateurs.

À chaque étape, le plastique participe à une activité économique. Mais lorsque ces produits deviennent des déchets, qui prend en charge leur collecte, leur recyclage ou leur élimination ?

Le consommateur a un rôle à jouer, mais il ne maîtrise ni la conception des emballages, ni les volumes mis sur le marché, ni l’organisation des circuits de récupération.

Autrement dit, si le geste de jeter intervient à la fin du parcours, les décisions qui déterminent la quantité et la nature des déchets ont souvent été prises bien avant. Les producteurs, importateurs, propriétaires de marques, distributeurs et revendeurs disposent, eux aussi, de leviers pour contribuer à une meilleure gestion de la fin de vie des produits : choix des emballages, information des consommateurs, partenariats avec les collecteurs et soutien aux filières de valorisation.

C’est ici qu’intervient le principe de responsabilité élargie du producteur (REP). Dans les systèmes qui l’appliquent, il vise à faire participer les producteurs à la prise en charge des produits qu’ils mettent sur le marché lorsqu’ils deviennent des déchets. Selon le cadre applicable, cette responsabilité peut notamment concerner le financement ou l’organisation de la collecte, du tri, du recyclage et du traitement.

Pour la RDC, cette réflexion mérite d’être approfondie en tenant compte du cadre juridique national et des obligations effectivement applicables à chaque catégorie d’acteurs.

Mais la question de la fin de vie des produits ne relève pas uniquement de la gestion des déchets. Elle possède également une dimension climatique, reconnue dans les référentiels internationaux de comptabilisation des émissions de gaz à effet de serre.

Le GHG Protocol, référentiel international de comptabilisation des émissions de gaz à effet de serre, prévoit une catégorie spécifique pour cette question : la catégorie 12 du Scope 3, intitulée End-of-Life Treatment of Sold Products, ou « traitement en fin de vie des produits vendus ».

Cette catégorie concerne les émissions liées à l’élimination et au traitement, en fin de vie, des produits vendus par une entreprise au cours de l’année de référence. Elle prend notamment en compte les émissions associées aux différentes méthodes de traitement des déchets, comme la mise en décharge, l’incinération ou le recyclage. Pour les entreprises concernées, leur estimation repose notamment sur les quantités de produits vendus, les modes de traitement retenus et les facteurs d’émission correspondants.

Appliqué à la question des emballages plastiques, ce référentiel apporte un éclairage important : l’impact climatique d’un produit ne s’arrête pas nécessairement au moment où il est vendu. Sa fin de vie peut également générer des émissions qui entrent dans le bilan carbone de l’entreprise déclarante.

Pour y parvenir, la RDC gagnerait à mieux suivre les flux de plastique : quantités importées, produits mis sur le marché, volumes collectés et recyclés, déchets abandonnés et financement de leur fin de vie. Une meilleure connaissance de ces flux permettrait de mieux comprendre l’ampleur du problème et d’identifier les contributions que chaque acteur pourrait apporter à sa résolution.

C’est dans cette perspective que ZÉRO30 encourage la sensibilisation, la récupération et la valorisation des déchets plastiques, ainsi que la collaboration entre les entreprises, les revendeurs, les collecteurs et les acteurs du recyclage.

Car le plastique ne devient pas un problème uniquement lorsqu’il est jeté. Il devient un enjeu collectif dès sa mise sur le marché. Et si la pollution plastique résulte d’une chaîne d’activités économiques, sa prise en charge ne peut reposer sur le seul dernier maillon de cette chaîne.

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